Scepticisme
Nous pensons et communiquons avec des mots. Il nous faut constamment en préciser le sens, car chacun leur prête une signification particulière, parfois très différente. Lorsque le sens d’un mot reste figé dans une étiquette, la confusion s’installe. Outre les discussions stériles, quels autres dangers se cachent derrière l’imprécision des mots ? Quelles stratégies pouvons-nous adopter pour y faire face ? Je vais tenter de brièvement indiquer quelques pistes de réflexion.
Le droit à la confusion
À l'occasion d’une récente conférence chez l'association des Sceptiques du Québec, on a pu constater les méprises possibles attribuables à la signification personnelle donnée aux mots. Des discussions animées ont porté sur le sens des mots « droit » et « pouvoir » : le criminel a-t-il le droit ou le pouvoir de faire souffrir sa victime ? Il n’en a sûrement pas le droit moral ni légal, mais il est clair qu’il peut s’arroger le droit de le faire. La victime n’a pas à se morfondre sur ce qu’elle perçoit comme une injustice passée (« il n’avait pas le droit de me faire ça »), mais à trouver des moyens efficaces afin de changer ce qui peut l’être.
Ce pouvoir de confusion s’insinue également sur le plan de l’argumentation utilisée. Sceptiques et croyants tendent à caricaturer une idée ou une personne pour mieux la ridiculiser et rapidement la rejeter. Là réside le pouvoir sournois des étiquettes. Il donne l’impression que la cause est entendue, que le croyant est irréaliste ou que le sceptique est obtus.
Le devoir de clarté
Comment surmonter cette tendance bien humaine à choisir l’étiquetage facile et rapide ? Voici quelques indications qui peuvent servir de guide.
1. Efforçons-nous d’abord de préciser notre pensée par une définition tangible du mot utilisé, en se référant à un processus concret. Par exemple, pour certains, le mot « sceptique » désigne une personne qui est fermée aux idées nouvelles et qui ne croit qu’à ce qu’elle peut voir ou toucher. Pour d’autres, le sceptique est une personne qui doute de ce qui n’a pas été démontré par des preuves convaincantes et qui souhaite soumettre ces hypothèses à des expériences concluantes.
2. Tentons de quantifier nos idées par des mesures, des chiffres, des statistiques. Les mots vagues et qualitatifs se prêtent facilement à de nombreuses interprétations. Nous pourrons aussi de cette façon mieux faire la différence entre des hypothèses concurrentes.
3. Précisons la portée d’un mot ou les limites d’une idée. Il n’existe pas de principes absolus, ni de formules lapidaires qui s’appliquent à toutes les situations. Nous vivons dans un monde complexe. Nos modèles de la réalité ne peuvent la simuler qu’à l’intérieur de certains paramètres.
Conclusions
Personne n’est à l’abri du pouvoir insidieux des étiquettes. Les mots que nous utilisons reposent sur notre vécu, qui diffère de celui des autres. La discussion nous permet de mettre nos expériences en commun.
Remplacer l’étiquette abstraite par une description concrète, quantifiée et limitée de ce qu’elle représente pour nous saura nous faire gagner du temps et nous éviter bien des méprises. Cette approche rappelle la démarche sceptique, faite de doute, d’examen et de vérification. Elle facilitera l’atteinte d’une vue plus juste et nuancée de la réalité. Elle nous permettra de déterminer les expériences ou les prémisses différentes qui font que sceptiques et croyants arrivent assez souvent à des conclusions opposées. Elle favorisera la compréhension de ce qui nous unit ou nous différencie.