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Actualités sceptiques

En 2010, les Sceptiques du Québec ont réagi à plusieurs prétentions paranormales qui ont fait les manchettes des médias. En voici une sélection.

Défi aux tables « parlantes »

Deux émissions de la série « Rencontres paranormales » au réseau TVA soutiennent, sans contre-partie critique, la possibilité de communication de morts avec des vivants par l’entremise d’un médium. Le processus de communication d’une table qui valse au gré des réponses « canalisées » par le médium se prête à toutes les mystifications. Le médium et ses acolytes contrôlent manifestement les mouvements de la table. Ils lui font dire ce qu’ils veulent et allégueront que les réponses proviennent d’un au-delà dont ils canalisent les « énergies ».

De telles prétentions sont carrément antiscientifiques. Les mouvements de la table s’expliquent par les lois physiques. Les « énergies » insolites alléguées ne sont pas reconnues par la science. Et nul n’a jamais prouvé que l’on puisse communiquer avec les morts. Au contraire, de nombreux magiciens, tels le célèbre Houdini et James Randi, ont démontré que les trucs des médiums sont facilement reproductibles et que ceux-ci tentent manifestement de nous berner sur la source réelle du phénomène.

Les Sceptiques du Québec mettent au défi tous les médiums du Québec de démontrer qu’ils communiquent avec les morts. Ils devront répondre à cinq questions simples connues du mort et d’un proche vivant, mais impossibles à deviner. Le nom du répondant vivant restera inconnu jusqu’au début de l’expérience ; il ne sera pas possible de se renseigner à l’avance. Toute mauvaise réponse ou tout refus de répondre sera considéré comme un échec. Si le médium réussit, il méritera le prix de 10 000 $ offert par les Sceptiques du Québec à quiconque apporte la preuve d’un don paranormal.

Illusions fantomatiques

La présence de fantômes n’a jamais été démontrée, soutiennent les Sceptiques du Québec. Ils n’existent que dans l’esprit de ceux et de celles qui les craignent, qui ont de la difficulté à accepter la mort d’un être cher ou qui aiment se raconter des histoires.

De toutes les manifestations « fantomatiques », il ne reste habituellement rien de concret. Seuls les témoignages de personnes effrayées demeurent. Les scientifiques n’ont donc rien de tangible à étudier et ils ont conclu depuis longtemps que les fantômes n’existent que dans l’esprit des gens. Pour donner un sens à des phénomènes qu’ils ne peuvent expliquer, ceux-ci inventent des fantômes.

Pour la science, un phénomène n’existe que s’il est reproductible ou laisse des traces tangibles, sinon il demeure suspect et anecdotique. Aussi, ce qui est aujourd’hui inexpliqué n’est pas nécessairement à jamais inexplicable. D’autres indices révélateurs pourront plus tard conduire à une explication scientifique raisonnable, qui ne recourt pas au surnaturel.

Le concept même de fantômes défie la stricte logique et ce que nous savons aujourd’hui du fonctionnement de la matière. Les fantômes sont manifestement des entités immatérielles puisque, selon les témoignages, ils traversent sans effort les murs les plus solides et les portes soigneusement fermées. Alors, comment peuvent-ils ouvrir ou fermer ces mêmes portes, faire tomber des objets et produire des sons ? On se retrouve donc avec le paradoxe d’une entité immatérielle exerçant une force physique sur un objet matériel.

Par ailleurs, si les fantômes existent vraiment, on peut se demander pourquoi ils visitent la nuit les vieilles maisons pleines de courants d’air et dont la charpente et les planchers craquent. C’est sans doute parce qu’il est plus difficile de trouver dans l’obscurité la source d’un bruit suspect. Cessons d’imaginer des forces paranormales occultes à l’œuvre et traquons courageusement la source de tels bruits. Parions qu’elle se révélera banale et bien matérielle !

Mystère ou miracle ?

Il faut distinguer mystère et miracle. La nature est remplie de secrets mystérieux que notre curiosité scientifique nous incite à progressivement élucider ; ils ne sont pas surnaturels pour autant.

Un miracle serait aussi un événement mystérieux et inexplicable – mais, en réponse à une prière adressée à Dieu, par l’intercession d’un saint ou non. Dieu manifeste alors sa présence en suspendant les lois physiques de l’Univers.

Aucune étude scientifique n’a démontré l’efficacité de la prière d’intercession : dans des conditions cliniques contrôlées, le groupe de patients pour lequel on prie, à leur insu, ne se porte pas mieux que celui pour lequel on ne prie pas. Toutes les études scientifiques, publiées dans des revues scientifiques avec comité de lecture, sur le succès de la prière d’intercession pour guérir des maladies n’ont pas été concluantes. Prier pour un malade n’a pas plus d’effet que de ne pas prier pour lui.

Il y a, bien sûr, des guérisons dites « miraculeuses », comme à Lourdes, à l’Oratoire Saint-Joseph ou à Sainte-Anne-de-Beaupré. Mais, pas plus là, en moyenne, que des guérisons spontanées dans les hôpitaux : un cancer, par exemple, se guérit parfois par lui-même sans qu’on sache pourquoi. On estime les rémissions spontanées dans les hôpitaux à 1 sur 100 000.

Le frère André a récemment été canonisé sous la foi de deux guérisons alléguées obtenues par la prière de croyants. Pourtant, de son vivant, le frère André disait prier pour « supporter l’épreuve », pas pour être guéri. L’Église a reconnu ces deux miracles, mais elle ne se préoccupe pas des milliers d’autres prières adressées au frère André qui n’ont pas été exaucées.

Le taux de succès du frère André est-il meilleur que celui des nombreuses guérisons spontanées non attribuables à son intercession ? Les Sceptiques du Québec en doutent. Une étude scientifique rigoureuse devrait inclure tous les cas de prière au frère André et comparer ces résultats à ceux des guérisons spontanées dans les hôpitaux pour les mêmes maladies.

L’Église fait des efforts considérables pour s’assurer que les guérisons dites « miraculeuses » ne puissent aujourd’hui être expliquées par la science. Évidemment, elles pourront l’être un jour. L’Église enlèvera-t-elle alors le statut de saint à qui il manquerait à ce moment-là un des deux miracles requis pour être canonisé ?

D’ailleurs, pourquoi l’Église se contente-t-elle d’une guérison douteuse, semblable à une guérison spontanée ? Pourquoi pas une lévitation claire dans les airs ou sur l’eau, comme pour le Christ ! Pourquoi pas une loi de l’Univers manifestement brisée !

Si les prières ne sont pas exaucées, c’est que « les voies de Dieu sont insondables », « on a mal prié » ou « on ne peut forcer Dieu », disent certains croyants. Ces explications ne tiennent pas la route scientifiquement, ni même rationnellement, parce que la prétention de miracle devient alors infalsifiable.

Les 200 000 morts (hommes, femmes et enfants) en Haïti ont été causées par un tremblement de terre imprévisible. On ne peut parler de miracle pour les quelques enfants qui ont été sauvés après 10 jours sous les décombres, sans parler des milliers d’autres qui n’ont pas eu la chance de mourir sur le coup et sont morts seuls dans le noir et dans la souffrance. Ces gens-là priaient sans doute autant que d’autres qui ont été épargnés. Et Dieu dans tout ça ? Il ne peut être présent seulement pour quelques miraculés et absent pour des centaines de milliers d’autres. Sa toute-puissance n’a, par ailleurs, pu empêcher le tremblement de terre de se produire...

L’effet placebo de la prière pourrait aider à diminuer le stress de se sentir malade : Dieu s’en occupe. Il ne faut toutefois pas pour autant cesser des traitements ou ne pas prendre les médicaments prescrits. C’est là le danger réel de croire à l’intercession du saint frère André. C’est comme aller voir un charlatan guérisseur ou un gourou sauveur. Il est plus rentable d’être réaliste pour prendre la meilleure décision pour soigner sa maladie.

Des prétentions extraordinaires demandent des preuves extraordinaires. Pas une absence de preuves contraires, de laquelle on conclut à un événement extraordinaire.

Messmer et l’hypnotisme-spectacle

Messmer est un hypnotiseur de foire qui vit des spectacles qu’il présente, entre autres, au public québécois. C’est un artiste. Il ne peut pas hypnotiser une personne qui ne veut pas l’être. Il réussit son tour d’hypnose avec des personnes très suggestibles qui veulent jouer le jeu d’être hypnotisées.

On a bien vu, à l’émission québécoise « Tout le monde en parle », le 31 janvier dernier, que seule une petite minorité de gens ne pouvaient empêcher que leurs doigts se touchent sous l’injonction de l’hypnotiseur. C’est parmi eux que Messmer a choisi son sujet. La majorité de la salle (à ce que j’ai pu voir) n’a pas succombé à son talent d’hypnotiseur, ni non plus l’animateur, ni même le fou du roi.

Des sceptiques qui ne veulent pas être hypnotisés échapperont sûrement aux prétendus pouvoirs hypnotiques de Messmer. Et il le sait. Inutile de l’inviter à s’inscrire au défi Sceptique que nous proposons à ceux qui croient posséder un don paranormal. Sa façon de procéder à « Tout le monde en parle » démontre bien qu’il faut que l’hypnotisé soit suggestible (et veuille jouer à être hypnotisé). C’est aussi l’avis de psychologues-chercheurs dans ce domaine. Voir « hypnose » dans le dictionnaire sceptique : http://www.sceptiques.qc.ca/dictionnaire/hypnosis.html.

Ne croyons pas non plus que Messmer puisse nous guérir de quelque maladie physique que ce soit. Il n’est pas médecin. C’est plutôt un spécialiste médical qu’il faut alors consulter. L’hypnose peut sans doute, dans certains cas, diminuer la douleur physique. Par exemple, lors d’une intervention chez le dentiste. Elle agit alors comme méthode suggestive qui requiert la volonté active et soutenue du patient pour éloigner la douleur de son esprit. Certaines personnes peuvent le faire elles-mêmes par autosuggestion.

Pures fantaisies aussi que ces mémoires traumatisantes retrouvées ou ces vies antérieures décrites sous hypnose. Rappelons aussi que des personnes hautement suggestibles peuvent être hypnotisées en écoutant l’enregistrement d’un magnétophone. Voilà qui exclut du processus toute forme de transfert bioénergétique ! Toutefois, en thérapie, l’hypnose relève d’effets placebos qui peuvent être utiles – jusqu’à un certain point.

Allons voir Messmer pour apprécier ses talents de fascinateur. Il sait comment utiliser la disponibilité suggestive de sujets prêts à répondre à ses propositions et à se faire, confusément, son complice. Bon divertissement !

Note : Je remercie François Filiatrault et Philippe Thiriart pour leurs commentaires et suggestions.

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