Scepticisme

Éclairantes contreparties

Nous craignons tous les objections déstabilisantes. Pourtant, ce sont elles qui nous feront le plus progresser dans notre compréhension de la réalité.

Si vous entendez les mots « astrologie », « homéopathie » ou « télépathie », avez-vous l’esprit suffisamment « ouvert » pour penser que, peut-être, des preuves conclusives pourraient enfin être apportées ? Si oui, vous êtes un impossible authentique sceptique. Sinon, vous êtes, comme nous tous, un sceptique partial. La situation n’est toutefois pas désespérée, l’important est de reconnaître nos partis pris et d’en tenir compte.

Partis pris assurés

Personne ne peut échapper à ses préjugés. Nous nous sommes déjà forgé des opinions, fondées ou non, sur de nombreuses questions. Nos expériences personnelles et nos intérêts particuliers influencent nécessairement notre jugement. Nous voyons donc la réalité à travers certains filtres, qui souvent ne retiennent que les éléments qui sont favorables à nos préjugés.

Les exemples abondent. Par exemple, l’industrie des boissons gazeuses sucrées soutient qu’il n’est pas prouvé que ses produits contribuent significativement à l’embonpoint des consommateurs. Elle n’accepte pas les conclusions de nombreuses études qui en font la démonstration. Elle justifie ainsi son refus qu’une taxe additionnelle lui soit imposée. L’intérêt financier semble primer sur la santé publique, mais n’y aurait-il pas aussi quelque fondement aux arguments de cette industrie ?

Autre exemple : des kamikazes choisissent la mort pour servir une cause, alléguée bénie des dieux, dans l’espoir de s’assurer une vie surnaturelle plaisante. Ils subissent de nombreuses influences pernicieuses, tels un endoctrinement religieux systématique et de fortes pressions sociales ou économiques. Le tort causé aux victimes de l’attentat et le degré d’efficacité du geste sera sans doute perçu bien différemment par les camps opposés.

Divergences bénéfiques

Dans ces deux cas, comme dans bien d’autres, le dialogue entre les partisans de thèses contradictoires avance peu. Pourtant, entre gens de bonne foi, des échanges fructueux devraient être possibles. Cette revue offre ses pages à l’expression de points de vue de différentes tendances, pourvu qu’ils soient bien argumentés. Il est toujours intéressant d’examiner des arguments contraires aux nôtres pour déterminer où se situent les points de divergence.

Offrir ses idées à la critique permet de progresser. C’est ce même processus que suit un scientifique en exposant à ses collègues ses résultats pour qu’ils puissent les reproduire et ainsi confirmer leur validité. La science se corrige elle-même constamment. Cette force souligne aussi sa faiblesse de n’être jamais parfaitement conclusive. On ne peut être totalement certain d’être sur la bonne piste. Une contrepartie raisonnée nous le rappelle et nous force à améliorer notre argumentation.

Vérification empirique

Les partis pris que l’on pourrait détecter chez nos opposants ne doivent pas nous faire rejeter leurs thèses sur cette base. N’avons-nous pas tous des partis pris ? Toutefois, ils devraient nous rendre encore plus attentifs à la valeur des arguments avancés et à la fiabilité des faits rapportés. Car, ultimement, la cohérence argumentaire et la concordance factuelle détermineront l’utilité réelle de la thèse soutenue. À mesure que ses prédictions se réalisent, son degré de véracité en sera d’autant augmenté.

Il semble bien qu’on ne puisse échapper aux partis pris sceptiques que nous avons, entre autres, envers l’astrologie, l’homéopathie et la télépathie. On les qualifie de pseudosciences, car elles admettent elles-mêmes ignorer les mécanismes qui les expliqueraient et n’ont eu, jusqu’à présent, aucun succès rigoureusement vérifiable. Il ne reste plus qu’à attendre des preuves concrètes de l’effet allégué. Ce que le Défi sceptique, lancé à tous les astrologues, homéopathes et télépathes du Québec, espère un jour clarifier dans une ultime vérification empirique.

2011 - qs076p05