Ufologie
Pour évaluer une idée, le scepticisme réserve une grande place aux preuves concrètes qui pourraient la soutenir. D’autre part, il relègue les témoignages au plus faible niveau de démonstration.
La réalité matérielle est complexe. Tout en en faisant partie, nous tentons d’en tirer le meilleur parti possible. Pour y réussir, il faut bien comprendre cette réalité. La démarche scientifique s’est révélée le meilleur outil pour y parvenir. Elle consiste essentiellement à réduire nos biais entourant la recherche du fonctionnement d’un élément de la nature et à vérifier que notre hypothèse se conforme ou non de façon répétitive à ce que nous nous attendions d’elle. On appelle le résultat de ces vérifications des preuves confirmant ou non la validité des suppositions sous test.
L’approche scientifique s’applique aussi dans les domaines de la psychologie, de la sociologie et de l’économie. Toutefois, en plus d’être difficilement reproductibles, leurs objets d’étude sont encore plus difficiles à circonscrire, car ils baignent encore plus dans les conjectures, les préjugés et les idées reçues. D’autre part, les sujets humains (qui en sont l’objet) sont notoirement inconstants et influencés les uns par les autres.
Ils ont aussi des perceptions très limitées par leur physiologie propre et le fonctionnement de leur cerveau pour rendre le monde intelligible. L’application d’une méthode relevant de la démarche scientifique donnera les résultats les plus sûrs, entourés toutefois d’incertitudes inhérentes à la variabilité des sujets et à la connaissance des multiples facteurs en jeu, d’où le recours au probabilisme…
Nous utilisons communément la démarche sceptique (et scientifique) dans la vie de tous les jours avec plus ou moins de succès, puisque nous suivons rarement un protocole rigoureux d’évaluation. Souvent, nous n’avons ni le choix ni le loisir de concevoir un protocole d’examen sérieux. Il nous faut prendre une décision, il faut agir rapidement en espérant que nos actions donneront les résultats escomptés.
Dans tous les cas, nous recherchons des preuves de fonctionnement afin de nous assurer que nos hypothèses confirment bien ce qui se passe réellement. Et nous nous demandons à quel point elles seront utiles pour prédire le résultat d’actions précises et nous ajuster le cas échéant.
La démarche scientifique rencontre des difficultés particulières lorsqu’on tente de l’appliquer à des sujets comme l’ufologie, qui reposent presque entièrement sur les témoignages – plusieurs articles de ce numéro en font état.
Recherches ufologiques
L’ufologie représente un cas particulier où les preuves physiques sont brèves et évanescentes, dépendant ainsi presque uniquement des témoignages qu’en font des témoins, observateurs souvent inexpérimentés. On peut supposer que la plupart des phénomènes observés ont une réalité physique, mais ils sont malheureusement très passagers.
Cela rend leur analyse difficile. On doit avoir recours aux sciences de la météorologie et de l’astronomie, et aussi à l’examen de la position des objets et débris spatiaux autour de la Terre et de tous les objets ou animaux qui voyagent dans l’atmosphère.
Il y a bien sûr de nombreuses conditions bien terrestres qu’il faut aussi évaluer a posteriori : les projecteurs de toutes sortes, les effets électriques et magnétiques, la position des observateurs, etc. Quelques fois, il y aura des traces physiques ambiguës sur le sol, sur la végétation ou sur d’autres objets qu’il faudra analyser avec soin pour en déterminer la véritable cause. Il faudra aussi que des experts examinent les photographies supposées d’ovnis, de façon à trouver une explication convenable, une manipulation graphique ou la nature de l’objet photographié en toute bonne foi (1).
Les « rencontres rapprochées » avec des objets ou des êtres vivants d’origine extraterrestre n’ont jusqu’à présent laissé aucune trace claire de leur origine d’un autre monde. Les enlèvements allégués et le retour inexpliqué des témoins n’ont pas jusqu’à présent révélé de marques crédibles sur les victimes ni d’artefacts de source nettement extraterrestre.
Les ufologues sérieux sont naturellement bien au courant de ces difficultés considérables. Bien souvent, il ne reste plus que l’analyse des témoignages et leur corroboration par différents observateurs (si c’est le cas) à soumettre à l’étude – sans négliger les tendances bien humaines à l’idéalisation et à la mystification.
Même les témoignages provenant de personnes très crédibles sont sujets aux biais de perception, aux illusions et aux souvenirs fautifs. La mémoire humaine a tendance à reconstruire les événements originellement perçus afin qu’ils s’ajustent à ce qui semble le plus cohérent avec ses croyances, ses conceptions du monde, ses attentes et celles de son cercle social.
Le manque de preuves de la visite d’extraterrestres confronté à la réalité des témoignages considérés comme crédibles a conduit certains ufologues à délaisser l’hypothèse extraterrestre. Ils se voient obligés de postuler une explication paranormale ou reliée à de la physique hautement spéculative, par exemple à une entité fantasmagorique omnipotente ou à des visiteurs d’un univers parallèle.
L’ufologue sérieux tente d’abord de trouver une explication scientifique à un phénomène ovni rapporté. Il n’y aurait qu’un faible pourcentage de cas « de qualité » qui demeurent inexpliqués. Il ne reste plus que l’analyse des témoignages, de leur cohérence et de leur corroboration. Toutefois, le manque de preuves physiques ne peut que mener à des spéculations sans fondement.
Notes
1. TOULOUSE, Michel. « Réalités d’optique », Québec sceptique no 92, printemps 2017, p. 60-64.